Nouveaux morceaux, nouveau son, nouvel album chercher à faire du neuf! Le quotidien du musicien qui se projette sur un temps long en cherchant une sorte de cohérence, un fil rouge.
Un temps long peut être, mais surtout construit en séquences, le nécéssaire compromis avec les réalités du court-terme, des contraintes, de la planification qu’on le veuille ou non. On existe parce que l’on se trouve des endroits où se positionner à chaque étape d’une histoire.
33 ans après la sortie du premier album, je mesure la distance qui sépare un état d’esprit d’une réelle conviction. Les paramètres qui vont intégrer le champ de toute les décisions, même si celles-ci restent avant tout liées à l’idée, à la musique ou aux textes, sont forcément associés à une époque, un air du temps, un entourage.
Nous sommes passés des cassettes audio, des dossiers de presse photocopiés ou du démarchage par courrier postal, à une technologie de l’instant, du virtuel. Nous avons construit sur scène comme une image (sonore) et nous sommes pris au jeu. C’est en effet grisant et passionnant que de partager une interprétation d’un monde, d’un « vivre ensemble » et d’en résumer l’immédiateté par un mot, une mélodie , un mouvement. On ne peut pas renoncer car cela reste du plaisir.
En 2022 après la pandémie covid, nous avons retrouvé le chemin des concerts et survolé un paysage de no man’s land pour atterrir sur une nouvelle planète et ses océans qui ont pour noms, réseaux sociaux, plateformes de streaming, Intelligence artificielle… Il faut naviguer sur cette mer jolie. On va essayer de faire se rejoindre l’expérience du vieux loup de mer et celle du jeune chef de quart aguerri aux dernières nouveautés technologiques. Pas facile!
Bordel est sorti en 2024, nous avons pu mesurer tous ces changement dans l’industrie musicale. Il faut bien se rendre compte que le modèle est bousculé par la fin de l’objet. Le disque vinyle, la K7, puis le CD sont rangés dans nos mémoires. L’économie circulaire indé du rock alternatif est un vieux souvenir!
Bordel aura confirmé qu’il faut essayer de trouver d’autres chemins pour la diffusion de ses morceaux. L’idée de l’album concept est battue en brèche par l’écoute en streaming de playlists intégrant ses propres goûts musicaux. Playlists faites surtout par soi même, c’est une rencontre d’un autre type avec l’interprète. Celui-ci n’impose plus son rythme du premier au dernier titre.
Toutes ces réflexions nous ont convaincu de faire un crowfunding pour notre live sorti en juillet, qui prenait en charge la fabrication de 1000 CD. Une forme d’objet collector uniquement en vente après nos concerts. Cela crée une actualité autour du groupe. C’est dingue de voir un grand nombre d’auditeurs soutenir Cardell au fil de toutes ces années de scènes et d’enregistrements. On ne peut pas comparer évidemment avec un artiste au gros succès commercial, mais ces quelques centaines de personnes sont d’une fidélité rare et me garantissent la possibilité et l’envie de nouvelles aventures musicales.
Nous avançons donc vers un nouvel album. On ne sait pas comment le définir, le diffuser. Nous cherchons à trouver une autre temporalité. Il est possible d’annoncer sa sortie sur une année.
Sa durée de vie est réduite depuis longtemps déjà à ses premiers mois de promotion. Après c’est fini, ce sont les concerts et le bouche à oreilles qui continuent à faire vivre le projet.
On essaye donc de planifier répétitions, enregistrement, mixage, vidéos, photos, éditoriaux, théorisation etc… et mettre en route une autre relation avec l’auditeur.
Une douzaine de titres sont en gestation, on définit une première séquence (répétitions finales) d’ici la fin du mois. Ensuite on en choisit 3 ou 4 que nous allons enregistrer et sortir entre février et avril, ré-enregistrer d’autres entre temps, et sortir comme cela l’album au rythme de l’écoute qu’en feront les auditeurs.
Une idée de l’objet pourra naître d’ici là, on se laisse les portes ouvertes.
Notre idée est vraiment de le sortir titre par titre en version numérique sur les plateformes, puis de l’intégrer dans un processus de diffusion autour d’autres formes, visuelles, littéraires ou plastiques.
Là nous sommes à la période de réécoute des premières maquettes, après avoir reproduit celles-ci en répés. On se rend compte des petites choses gagnées et de celles perdues en route. Un tempo, un mouvement de guitare rythmique, une boucle de percussions, et pour les textes, les possibilités d’une autre musicalité des mots, du travail de liaisons des syllabes, du rythme. Puis le sens, ne rien comprendre à ce monde qui nous entoure, devenir aujourd’hui les témoins d’une autre histoire en d’autres temps, et d’un éternel recommencement.
On peut lire à travers une génération qui s’en va et que la notre vient remplacer, c’est une forme de responsabilité dont on pourrait très bien se passer :-) Mais bon comme on dit : « On met la colle et les rustines », on regonfle tout ça et on finit à bloc!
En ce moment, je me remets à écouter les anciens albums. Je redécouvre des choses oubliées mais les textes eux restent bien imprimés dans ma mémoire. Ils traduisent des émotions et le flot continu des contradictions qui les composent.
Cette année aura été marquée aussi par des débats autour de ce que l’on appelle la Culture bretonne. C’est un vaste territoire de réflexion, qui touche toutes les formes artistiques et s’articule autour d’enjeux économiques, politiques et sociétaux. En tant qu’observateur et acteur, je remarque une dynamique incroyable au niveau de la création musicale. Toute une nouvelle génération de musiciens et d’auteurs construisent ou intègrent de nouveaux modèles. La frontière entres styles et genres musicaux est devenue très poreuse. Il y a vraiment une dynamique que l’on mesure sur les réseaux sociaux en nombre de sorties d’album, de clips, de créations scèniques.
Ce fourmillement incroyable est visible sur certains Fest-noz qui connaissent de très fortes affluences. Il y a un retour au niveau international de l'intérêt porté aux musiques traditionnelles. Celui-ci est certainement lié à une continuité de la vague des musiques électroniques et de son succès mondial ainsi que le retour évident à la technologie des claviers modulaires vintages des années 70, eux même déjà intégré dans le courant rock, folk progressif de l’époque.
On redécouvre naturellement le répertoire des danses traditionnelles autour de l’idée de transe portée par le mouvement rave. Le son est pluriel, il y a de moins en moins de chapelles. Les guitares électriques, les pédales d’effet, l’orgue Hammond, l’enregistrement d’une batterie avec 3 micros, font un retour en force! De nombreux artistes expriment cette nouvelle tendance, ça bouge bien tout ça!
Ils inventent le modèle de demain sur les cendres de l’ancien, qui sont un bon engrais, soit, mais qui nous font regretter les labels comme Keltia Musique ou Coop Breizh disparu cette année. Le disque physique, l’objet était une économie qui accompagnait et garantissait une vraie indépendance artistique.
La banquet de cristal en 2008 pour les quinze ans du groupe, produit par Keltia Musique, notre premier Vinyle l'album Courir produit par Coop Breizh en 2018
Brieg Guerveno a dernièrement soumis quelques pistes concernant l’édition (lien vers article). Une d’entre elles concerne la répartition des droits dans les lieux sonorisés. Les commerces, lieux publics, administrations, par exemple qui paient la rémunération équitable entre auteurs, compositeurs, éditeurs, producteurs et interprètes. Il émet le voeu et la possibilité de mettre en place des bandes musicales, des playlists avec des oeuvres produites dans la région pour créer une sorte d’économie circulaire. Il y aurait comme une forme de mutualisme militant assumé de la part des structures et commerces qui accepteraient de jouer le jeu, et ainsi créer des sources de financement nouvelles du modèle musical actuel sur notre territoire.
Si elle rejoint l’idée protectionniste, à cet endroit, de la culture anglo-saxonne dans l’industrie musicale, elle a aussi le mérite de sensibiliser le public à la réalité d’une profession, de traduire la possibilité de nouveaux leviers artistiques et financiers dans un milieu souvent plutôt recroquevillé sur lui même, qui ne se parle pas tant que ça sur les questions de droits.
La Rock'n Roll comédie enregistré et mixé au studio Gam à Waimes en Belgique par Mike Butcher en 2000, Un monde tout à l'envers en 2016 mixé par Nico Rouvière au studio Black Box à Noyan la Gravoyere
A la fin des années 90, le service des répartition et vérifications de la Sacem avait conduit des initiatives en ce sens. Il était question de répondre à la spécificité d’une région comme la notre riche en lieux de diffusion, en artistes et en production musicale. Face à la complexité des modes de répartitions, avec l’arrivée des plate-formes streaming, cela a le mérite de poser la question du droit d’auteur.
On assimile celui-ci à un impôt, combien de critiques négatives a t’on entendu sur la SACEM, la SACD, SOFIA ou même ADAGP. Le regard est en train de changer avec l’avènement du net.
L’IA par exemple pille en toute légalité, les travaux de créations ou de recherches, ces derniers étant majoritairement financés par des fonds publics. Se pose ici la question de bonne gestion du bien commun et de notre « vivre ensemble ». Le grand public commence à en prendre conscience. Les saisies de données, la pollution, la consommation folle en énergie, le résultat est à l’envers de la réalité des enjeux environnementaux et sociaux de demain.
Toutes ces sociétés de gestion de droits, si on y rajoute celles de producteurs et interprètes ont un rôle essentiel à jouer demain. Comme une question du principe de licence globale…
Un vieil article dans Que Choisir de 2006
C’est naturellement un éternel recommencement. Il y a eu aussi débat sur le financement des structures accompagnant ce mouvement. Là aussi cela correspond à une remise en question de toute la chaine économique ou s’amarre la création. Un système parfait est difficile à mettre en place car il reste toujours des différences dans le montage de chaque projet. Il y a de l’humain, du financier, de l’ambition. Les associations, lieux institutionnels et festivals sont tributaires de nombreux paramètres (Jauge, montant des couts de production et de communication, baisse de subventions) et même les plus expérimentés d’entre eux connaissent des difficultés.
On analyse un phénomène dans son ensemble et sur un territoire, il ya de nombreuses questions et des réponses que l’on interprète sous un angle moins binaire que du temps de toutes les provocations avec le rock au centre, chimère d’une vision humaniste et universaliste du monde.
En Bretagne, cela coïncidait avec une autre renaissance, un héritage assumé d’une langue, des musiques à danser, un autre regard sur l’environnement avec le développement économique, en particulier l’agriculture, l’industrie agro-alimentaire ou la Pêche. On peut situer ici le virage serré que cela demande de naviguer entre toutes ces contraintes.
Doit on défendre la langue par exemple si on ne l’a jamais pratiquée? Ou alors à titre personnel, pourquoi n’ai je pas fait l’effort de l’apprendre malgré son abandon par la génération d’avant? Jusqu’où la situerons nous en danger? Quelle histoire porte ces mouvements hétéroclites nés de toutes ces interrogations?
C’est dans les actes du quotidien que les choses ont bougé: par la volonté et la disponibilité de visionnaires, de défricheurs, de réalistes comme de doux rêveurs (ou inversement) et de bénévoles. Tout un assemblage hétéroclite au service du vivre ensemble qui fonctionne au delà d’un dogme ou d’une idéologie.
Quand je lis Mac Murtry et les histoires de Duane dans sa petite ville au Texas, j’ai l’impression de le connaître depuis toujours, que nous sommes voisins ici sur la petite presqu’île. Cela me rassure comme si je devais traverser le désert avec Call et Gus ou franchir un col en montagne avec Langlois chez Giono.
Puis le lendemain, c’est le silence, les tables et leurs nappes blanches froissées laissées au vent du matin à l’aube. Le décor d’un vieux film en noir et blanc, un promeneur avec son chien, le bruit des haubans ou le retour de pêche d’un ilien insomniaque.
On doit tout recommencer.
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