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PARIS

Publié le par Red Cardell

Comme Red Cardell va cette année passer le cap des 25 ans, des petits retours sur notre histoire en fonction de l’actualité peuvent être l’objet d’articles sur ce blog.

L’actualité, comme une date parisienne par exemple. Nous y jouons mercredi 5 avril au Pan Piper à l’invitation du groupe luxembourgeois Dream Catcher.

Pour moi Paris restera toujours lié à nos premiers concerts au New Moon à Pigalle.

C’était un club très rock, toute la scène du rock alternatif de la fin des années 80 s’y produisait. Il y avait un public nombreux et fidèle. Nous étions en 1992, en septembre. Le groupe avait trois mois. Nous jouions deux soirs de rang, et je garde en souvenir la chaleur moite des amplificateurs et des projecteurs, l’odeur du bois, du tabac froid, les bières qui se bousculent et les gobelets percés.

Les loges étaient situées au bout d’un couloir parallèle à la salle et couverte de graffitis, photographies virtuelles des soirées passées dans ces lieux. Des polaroids ou Paranoid d’une vie de musicien.

Une fresque Arthurienne ! Une autre légende, d’autres chevaliers, Les Wampas, Hot Pans, Bérurier noir, Chihuahua, Parabellum…

J’aimais pas trop le Rock alterno à part Béru, pourtant avec le recul c’était plutôt vachement bien, mais je pense que j’étais un peu timide et que comme tous ces musiciens étaient de ma génération, j’étais impressionné. Tout bêtement !

Nous, nous avions un camion, étions neuf, pas le camion, avec le chien, Gogo. C’était une belle équipe également et possédions les codes pour pouvoir correspondre dans ce langage étrange qui à l’époque remettait en cause, déjà, le système de diffusion de la musique.

Internet n’existant pas, la distribution des Cd dans les magasins étaient la priorité pour tous les groupes. Et nombreux de ceux cités pus haut ont fait bouger les choses et surtout les maisons de disque… La priorité qu’ils accordaient à la scène a permis de bousculer tout un système qui ronronnait, trop occupé à rééditer les anciens catalogues vinyles en Cd, et ainsi de trouver un public qui n’attendait que ça : pogoter et sauter en l’air !

Nous étions déjà à l’époque sur une fin de cycle. Des groupes comme La Mano ou les Négresses vertes avaient rejoint des majors.

Ici en Bretagne cela bougeait à nouveau avec Ar re Yaouank ou l’Héritage des celtes de Dan. Avec Penfleps auparavant, puis Cardell nous étions déjà solidement ancrés dans le paysage musical comme le dirait une chronique polie. Le New Moon ayant fermé, nous avons joué dans plusieurs salles comme le Divan du Monde, la Maroquinerie, le Café de la Danse, le Bataclan, La Cigale, le Batofar, la boule noire ou Bercy ! Si si J mais si je dois retenir une autre salle, ce serait l’Elysée Montmartre. Là bas se tenaient des Festou-noz particuliers, organisés par une asso dont faisaient partie pas mal de copains bretons. C’était vraiment une belle salle, et nous y ressentions le poids d’une histoire de chansons et de crochets du gauche…

Beaucoup de ces salles sont situées à Pigalle, à force nous connaissons plutôt bien le quartier, le Noctambule, la rue Lepic ou celle de Douai. J’aime aller faire un tour dans les magasins d’instruments, et c’est lors d’une de ces promenades que j’ai eu l’idée de A Rochechouart sur le dernier album.

Mes souvenirs parisiens sont liés à Montparnasse, cette gare où l’on trouve le Ouest France et le Télégramme, mais aussi à tous ces artistes qui ont bercé mon enfance, Prévert, Vian, Lemarque, Piaf, Arletty, Mitchell, Carné, Renoir, Godard… Il y avait dans leurs chansons ces mots qui nous remuent juste ce qu’il faut, pour avoir envie de mieux connaître cette ville. Dans les films, les quartiers avaient le charme des petits villages ou les décors de Trauner.

Michel Simon ou Gabin jouaient des personnages que la folie ou l’amour, souvent les deux, obsédaient. Il y avait dans leurs voix et les mots une belle musique universelle.

En tant que Breton, Paris était l’hologramme de l’ogre centralisateur. Un frein à l’émancipation de notre peuple indigène. Mes parents ne m’avaient jamais parlé dans ma langue et pourtant on supportait le Stade Rennais en finale de la coupe contre Lyon, on était fier du succès de Stivell à l’Olympia, et l’on se focalisait sur le rapport à l’identité en pleine querelle entre Xavier Grall et Per Jakez Helias. La télé ne marchait plus car le pylône de Roch’ Trédudon était tombé, on avait une centrale nucléaire juste à coté. Puis ensuite on voulait en construire une autre à Plogoff. Les pétroliers faisaient régulièrement naufrages sur les cailloux. Moi, j’étais au lycée. On faisait des manifs.

Paris j’y allais pour la fête de l’Huma. Genesis, Lavilliers, Téléphone, Areski-Fontaine, Nougaro et surtout l’immense Mama Béa Tekielski ! Voir les amis aussi et surtout. Ils passaient leurs vacances à Locquirec et nous faisaient découvrir Wire ou Marley, Police ou Tachan.

Au bout de deux jours là bas, j’étais rincé, pas l’habitude. Encore aujourd’hui, sans rire, lorsque l’on prépare le voyage pour dans quinze jours, on organise minutieusement le parking pour la salle, le logement etc. C’est grand Paris ! C’est plus compliqué que lorsque l’on va à l’étranger. Oui en fin de compte c’est ça, Paris c’est compliqué. C’est comme aller à la pêche, il faut ressentir la première touche, observer, contempler. Beaucoup. Puis, on peut être concentré, voir et ressentir des choses neuves, comprendre que l’on n’a rien compris. Ca se saurait !

Bon, ce ne sera qu’un concert, mais c’est un peu tout cela que l’on raconte dans nos histoires, le balajo Privat, l’accordéon, un grand boulevard ou Montand, la Rock’ n Roll Comédie, le Get Yer Ya Ya‘s Out des Stones, la poésie d’Elno et 6 pions dans la musette !

 

A Bientôt

 

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