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RBO

Publié le par Red Cardell

RBO : trois lettres qui sont entrées en Bretagne occidentale dans le langage courant.

Trois lettres, et trois semaines de grève dans le service public !

Une grande partie du personnel s’inquiète aujourd’hui de l’avenir de la maison ronde.

Un plan de restructuration est dans l’air, il consisterait pour France Bleu (Oui, c’est très moche France Bleu, RBO ou RBI ça sonnait beaucoup mieux ! Comme une radio américaine. La Classe !) à concentrer les moyens de production et donc de réduire le temps d’antenne local. En plus du licenciement d’un nombre important d’employés, cela aurait également pour conséquence de réduire la part de diffusion de la production locale.

RBO

La Bretagne est avec Paris, la région qui produit dans le pays le plus grand nombre de disques. Nous avons la chance d’avoir sur le territoire parmi les plus gros festivals de musique actuelle et du monde, deux producteurs et distributeurs indépendants, un nombre important de labels dans tous les styles de musique. Nous, musiciens, parvenons à vivre parce que nous pouvons faire correspondre un album à une tournée. Nous rentabilisons ainsi des projets onéreux, car oui, cela coûte cher d’enregistrer un album. France Bleu, comme les radios locales associatives permettent une diffusion de ces œuvres et sont le relais indispensables de nos productions. La force du service public à sa naissance était justement de donner des moyens financiers et techniques dont ne disposent pas les radios locales associatives. La mission de service public incluait une large diffusion de la production locale. Comme je l’ai déjà dit sur ce blog, la réussite de la Bretagne en terme de festivals, de groupes et de structures est née d’une synergie entre artistes, organisateurs, médias et acteurs professionnels de la filière. Tout le monde a progressé en même temps et si l’artistique reste le point fort du projet, il n’aurait pu trouver son auditoire sans le travail de tous.

RBO

Les quatre grands artistes bretons souvent cités et restant 40 ans plus tard toujours sur le devant de la scène, ont eux bénéficié d’une audience nationale grâce au mouvement folk international de la fin des années soixante. Le concert de Stivell à l’Olympia était retransmis sur Europe 1 par exemple. Cela intéressait alors la critique rock Française, bercée par les albums de Dylan, Crosby Stills Nash and Young, Donovan et consorts… Aujourd’hui les radios nationales sont pour la plupart des artistes d’ici inaccessibles. Notre musique est souvent réduite au couple biniou koz- bombarde, quand, même nous n’en jouons pas. C’est une réalité, nous n’avons aucun réseau nous permettant de franchir La Vilaine, ou alors à de rares exceptions prêts. Le mot « réseau » est écrit. Il caractérise pour moi la bonne santé d’un secteur comme le notre. La région est petite, et toutes ces personnes ont l’occasion de se croiser, d’échanger. A terme cela devient une force qui sert la masse.

Alan Stivell et un line-up de rêve!

A nos débuts, RBO nous a soutenu, nous a permis de faire connaître le travail naissant du groupe. Nous avons évolué, eux aussi. Je me souviens du temps où l’animateur choisissait la play-list de son émission…

Le titre « Fantômes » fut composé suite à une commande de Sten Charbonneau en 1993, depuis il est toujours l’indicatif et le jingle des émissions en langue bretonne.

L’arrivée du réseau France Bleu a correspondu avec une uniformisation de la couleur musicale de l’antenne. Si les acteurs culturels locaux sont toujours régulièrement diffusés, je pense personnellement que la radio a orienté sa programmation musicale sur de la variété française et internationale dans l’air du temps en particulier les années 80, et perdu en force de proposition sur la scène régionale. Le formatage est devenu plus courant et l’on sent que la radio n’a plus les coudées franches comme il fut un temps, même s’ils s’en sortent mieux ici que les autres radios du réseau ou là l’on ne déroge pas à la play-list nationale. C’est là je pense qu’a commencé le processus de rationalisation du service public. Ce qui était gagné du point de vue du gestionnaire était difficilement quantifiable du coté des auditeurs. C’est un risque très grand d’oublier les résultats obtenus par toute cette énergie employée à faire connaître la scène locale, les festivals, les créations. Nous avons besoin les uns des autres. France bleu Breiz Izel et Armorique sont des partenaires essentiels. Lorsque l’on compare notre service public à la BBC, on se dit que nous avons encore du chemin. Cette grève pose de nombreuses questions. Elle interroge sur une vision. Nous pensons à tout le personnel qui aujourd’hui voit son outil de travail menacé, cet outil c’est aussi le notre en tant que contribuables. Nous mesurons tous les jours la chance d’avoir en Bretagne cette force économique réelle qui lie le tourisme et la culture en général, pas seulement bretonne et tant mieux ! Cela devient banal de chiffrer l’apport considérable de ce secteur dans l’activité économique globale de la région et pourtant rien n’est acquis. Il nous faut rester vigilant, cela nous concerne tous.

Tout notre soutien au personnel en grève !

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