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Un monde tout à l'envers

Publié le par Red Cardell

Red Cardell cherche à exprimer depuis plus de vingt ans une vision de la musique populaire née du parcours personnel d’individus, mais aussi d’une interprétation subjective d’un héritage comme l’a bien traduit Dan ar Braz dans les années 90 .

Se positionner sur une forme et un fond dont plusieurs traductions sont possibles, ouvre un territoire à défricher, sans pouvoir véritablement exprimer des certitudes.

Si la musique traditionnelle est orale et rurale, les évolutions d’un monde et de l’espace temps invitent à la remettre en perspective continuellement. Mis à part le travail scientifique de l’ethnomusicologue qui s’appuie sur des recherches, des archives ou des témoignages, les autres chemins, en particulier ceux de la création musicale qui intègrent le champs critique, sont plus complexes à emprunter.

Avec le groupe, depuis le début de l’histoire en 1992, nous essayons de construire un rapport, un lien, entre le chant, l’énergie du rock, et la mélodie. Si au minimalisme de deux accords correspondent une mélodie et une incantation, nous y trouvons notre compte, car cela traduit au plus près la danse et son coté tribal, si souvent ressenti dans le cercle sur un plancher en bois ou la terre battue, au son de chanteurs ou sonneurs. Si de l’autre coté, nous développons un schéma harmonique plus complexe, cela ouvre la possibilité de mélodies plus construites, écrites. On rentre alors dans une lignée de musiciens, qui, de tout temps, et sur tout types de territoire ont construit leur répertoire en fonction du goût, de la musique qu’ils pouvaient écouter, découvrir au gré de leurs voyages et de leurs rencontres.

Un monde tout à l'envers

Pour cet album, nous avons construit les titres en s’affranchissant des codes de la musique traditionnelle bretonne. Depuis 5 ans maintenant, nous avons beaucoup travaillé sur ce domaine. Le Bagad Kemper aura été un excellent « tuteur ». Il nous a laissé la possibilité de nous exprimer selon notre « ADN », mélodies, Riffs, textes en Français. Ce projet Fest-Rock n’est pas construit, il intègre ce dont je parlais auparavant, une sorte d’inconnu où le partage s’impose comme seul dogme, et ouvre de nombreuses portes. Nous essayons donc de continuer à mettre en pratique cette ouverture d’esprit qui nous semble idéale.

« Un monde tout à l’envers » s’est créé petit à petit mais très vite. Nous avons souhaité écrire en premier lieu des chansons. Jean Michel et moi-même avons composé celles-ci à partir de fragments de mélodies et d’accords que nous avons assemblés en studio pour construire couplets, refrains et ponts. Ceux-ci pouvant tout autant être joués à l’accordéon que chantés. Beaucoup de prises de son de l’album sont d’ailleurs issues de ces « maquettages », car nous y avons trouvé beaucoup de fraicheur, et souhaité les conserver.

Le documentaire de Pol Le Meur qui nous a suivi de novembre à février.

Une fois ce travail finalisé, nous avons confié à Pierre Sangra les fichiers guitare accordéons chant et samples de percussions ( nous travaillons avec un tempo établi en amont ce qui offre la possibilité de s’échanger ces fichiers par mail et permet d’avancer chacun chez soi sur les titres). Pierre a alors redessiné les titres, changé les samples parfois, introduit des arrangements de cordes, de percussions et de synthétiseurs. Il a pris en charge tout l’aspect de la production musicale, définit le spectre sonore où se mêlent les fréquences depuis la plus basse jusqu’à la plus aigüe, essayé de trouver une pièce (créer un endroit où nous jouerions tous ensemble et sa réverbération naturelle). Ensuite, il nous a fallu nous retrouver en studio pour les prises de batterie et d’instruments acoustiques afin de gagner en précision. Hibu Corbel a reçu les maquettes depuis déjà quelques semaines, il travaille de son coté sur les atmosphères qu’il peut créer. La batterie apporte un mouvement qui définit l’essence d’une chanson, c’est un pilier. Pour tout ce travail le rôle de l’ingénieur du son est essentiel, il va mixer l’album et donc commence déjà à combiner le rapport entre technique et artistique.

On peut comparer cela aux teintes de couleurs sur un tableau, à ses lignes. C’est physique dans tous les sens du terme. Jusqu’à l’étape finale qu’est le mastering, l’épreuve que nous confions à l’entreprise qui va presser, graver le CD. Entre temps, vous l’imaginez bien, il y aura nombre de discussions sur les niveaux de volume de chaque instrument, les fréquences, la stéréophonie etc…

Un monde tout à l'envers

Concernant la partie texte, je m’en occupe après la composition musicale. Je trouve naturellement une mélodie de chant sur laquelle je suis à l’aise, puis définit un rapport entre syllabes, notes et respirations. Pour cet album j’ai cherché à mettre en valeur la rythmique du mot, sa musicalité. J’ai donc construit mon écriture autour de « silences », pouvant me permettre d’aller plus loin que lors de mes précédents albums et d’expérimenter une autre manière de placer ma voix sur la musique. J’ai enregistré il y a deux ans avec mes amis d’enfance, les Joyeux Fusibles un album où j’abandonnais le coté incantatoire du chanteur de scène pour un cadre plus intime. Cela m’a fait beaucoup de bien. D’ailleurs pour le titre « Origine », j’ai utilisé un texte de Louis, car il y a dans son écriture ce rapport entre silence, sens et « parlé ». Pour l’écriture, j’ai souhaité m’affranchir de repères autobiographiques, mais avec le recul de quelques mois, j’en suis moins sûr. Comme traduit au début de cet article, nous cherchons à nous inscrire sur le présent, et je pense être inconsciemment influencé par mes émotions.

Les mots se répondent par images. Atténuer le coté lyrique du sens et du son est un exercice difficile. J’ai quand même essayé sur le titre « Cinéma » et sur « Je Cherche ». Les thèmes abordés racontent des lieux, parc, ring de boxe, chambres, bancs publics. On y croise des chats qu’on on appelle « Chat », des peintres, des Poètes, des soleils, du vent, un peu de légèreté. Il y a de nombreuses références à des scènes de cinéma, « A bout de souffle », « la nuit américaine », « Le faucon maltais » , « Breakfast at Tiffany’s »…

Un monde tout à l'envers

La dernière étape consiste à rechercher un visuel. Depuis trois albums, nous faisons confiance au graphiste de Locronan, Fanch Le Hénaff. Il nous a proposé trois visuels et avons trouvé une unanimité sur celui du sourire. C’est une photo d’affiche déchirée sur un mur de la ville de Halle en Allemagne dans les années 90. Il y a une référence à Jacques Villeglé bien sur et un clin d’œil à ses origines quimpéroises. L’artiste a exposé cet hiver au musée de Morlaix. On peut voir actuellement une exposition à la galerie des faïenceries Henriot, ainsi qu’au musée d’art moderne et contemporain de Saint Etienne.

Jacques Villeglé - rue de la biche

Jacques Villeglé - rue de la biche

C’est un visuel plutôt joyeux avec lequel on peut même s’amuser, voyez plutôt !

A vous de jouer !!!

Un monde tout à l'envers

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